La Rojaeira du Brésil se construit dans les cages, pas dans les slogans
Le vrai test de la sélection brésilienne, du terrain public de Fortaleza aux journées de la CBF, n’est pas l’annonce. C’est la capacité à garder les filles dans le jeu assez longtemps pour leur donner une place.

Les annonces sont faciles, les parcours le sont moins
Le football féminin brésilien sait très bien produire des phrases ambitieuses. Ce qu’il produit plus rarement, ce sont des mécanismes simples, répétés, capables de transformer une curiosité d’enfance en trajectoire durable. C’est pour cela que le nouveau projet national de la CBF pour les gardiennes mérite d’être regardé autrement qu’un effet d’affichage. L’initiative « Em busca da Camisa #1 » doit parcourir les cinq régions du pays, toucher 1 200 filles entre 11 et 16 ans et former plus de 100 préparateurs de gardiennes d’ici 2027. Le premier rendez-vous est prévu à Americana, avec la fédération paulista. [1]
Le chiffre important n’est pas seulement le volume. C’est la logique. Un pays peut multiplier les campagnes de visibilité sans changer grand-chose si les filles ne trouvent ensuite ni encadrement, ni continuité, ni postes identifiés où progresser. La fonction de gardienne est un bon révélateur de ce problème: elle exige de la répétition, de la technique spécifique et des entraîneurs capables de corriger sans casser la confiance. Sur ce point, la CBF vise enfin un domaine souvent traité comme un détail alors qu’il conditionne la profondeur de la filière. [1]
Sources : [1] Confederação Brasileira de Futebol ↗
À Fortaleza, l’accès vaut plus que le récit
Le projet Leoas do Futuro, au Fortaleza, montre pourquoi les discours sur le « potentiel » ne suffisent pas. Le club propose 160 places gratuites pour des filles de 6 à 17 ans scolarisées dans le public, avec séances de football, soutien psychologique et assistance sociale. Le programme existe grâce à un partenariat avec Ambev et à un financement via la loi d’incitation. Autrement dit: pas de miracle abstrait, mais un montage concret qui paie des coachs, des créneaux et une prise en charge élargie. [2]
Je trouve ce point plus important que n’importe quel slogan sur l’égalité. Une école gratuite bien tenue vaut davantage qu’un grand discours si elle réduit les obstacles ordinaires: le transport, le coût, l’abandon après quelques mois, la peur de ne pas être au bon endroit. Le football féminin ne manque pas d’images; il manque de passerelles. Et tant que les projets restent seulement des vitrines, les joueuses les plus jeunes restent trop faciles à perdre. [2]
Sources : [2] ge ↗
Le problème n’est pas l’élan, c’est la suite
Le tableau que dessine aussi la FIFA va dans le même sens. Son bilan d’octobre 2026 sur le développement du football féminin cite un travail mené dans plusieurs confédérations, puis précise qu’au Brésil ses équipes ont rencontré des acteurs à Rio pour aider à façonner la stratégie féminine de la CBF. La visite a impliqué Arthur Elias et Aline Pellegrino. L’institution ajoute que les matches du Brésil contre l’Argentine à Porto Alegre et Recife ont réuni près de 30 000 spectateurs. [3]
Cette donnée attire l’œil, mais elle ne règle rien à elle seule. Une belle affluence ponctuelle ne devient pas un système. Le vrai enjeu, ici, est de convertir l’attention en chemin stable: une gardienne qui commence à 11 ans doit pouvoir rester dans le football à 14, puis à 16, puis au-delà. C’est là que l’on mesure la qualité d’une politique sportive, pas dans la vitesse à publier un communiqué. Si la CBF veut que sa campagne de gardiennes et les initiatives locales cessent d’être des exceptions, elle doit traiter la rétention comme une priorité centrale, pas comme un effet secondaire. [1][2][3]
Sources : [1] Confederação Brasileira de Futebol ↗[2] ge ↗[3] FIFA ↗







