Platense, l’U12 féminine de l’AFA et la question qui compte: comment faire durer la filière argentine ?
L’Argentine commence à bâtir sa filière féminine des deux côtés: une U-17 visible à l’étranger, et un premier tournoi U-12 officiel à domicile. La vraie question n’est pas l’applaudissement, mais la continuité.

Un début de pyramide, pas encore une pyramide
L’Argentine féminine sort enfin du registre des gestes symboliques. À l’étranger, la présence de l’équipe U-17 dans le contexte des phases à élimination directe de la Coupe du monde U-17 au Maroc montre qu’une sélection de jeunes filles argentines existe désormais au niveau que les institutions internationales regardent. À domicile, l’AFA a lancé son premier tournoi formatif U-12 féminin, remporté par Platense 4-1 contre Vélez. Près de 60 joueuses ont pris part à cette première édition, devant plus de 500 personnes.
Ces deux faits ne disent pas encore que la filière est solide. Ils disent quelque chose de plus intéressant: l’Argentine commence à empiler des marches. Et en football féminin, la différence entre un événement et un système se joue précisément là, dans la répétition. Un tournoi inaugural sans suite n’est qu’une vitrine. Une catégorie U-17 sans base élargie reste un pic isolé. La question utile n’est donc pas de célébrer l’existence de ces deux jalons, mais de savoir s’ils s’additionnent.
Le vrai enjeu: transformer l’exposition en usage
L’AFA présente ce premier U-12 comme un pas de développement précoce pour le football féminin. C’est une bonne intention, mais elle n’a de valeur que si elle débouche sur des habitudes concrètes: plus d’équipes, plus de matchs, plus de filles qui passent de l’école au club sans rupture, et surtout une continuité entre les âges. Le football féminin argentin n’a pas besoin d’un récit de découverte; il a besoin d’un calendrier lisible et d’un accès régulier.
Platense champion de cette première édition est important moins pour le palmarès que pour le signal envoyé: il existe déjà des clubs capables d’absorber du football féminin de base, pas seulement du football senior ou médiatisé. Mais un premier champion ne prouve rien à lui seul. Ce qui comptera, c’est de savoir si l’AFA maintient cette catégorie, si les clubs investissent dans l’encadrement, et si la compétition devient un passage normal plutôt qu’une opération de communication.
Sources : [1] Asociación del Fútbol Argentino ↗
L’Argentine n’a pas besoin d’un miracle, mais d’une chaîne
Le football féminin se construit rarement par le sommet. Il se construit par des entrées précoces, des matchs fréquents et des passerelles claires vers les catégories supérieures. C’est pourquoi le lien entre l’U-17 visible à l’étranger et l’U-12 nouvelle à la maison est plus important que le trophée lui-même. Si l’Argentine veut que ses jeunes internationales ne soient pas des exceptions, elle doit rendre leur trajectoire reproductible.
Mon jugement est simple: l’AFA a fait le bon premier pas, mais un premier pas reste fragile tant qu’il n’est pas suivi d’un second, puis d’un troisième. Le football argentin sait produire des générations brillantes; il doit maintenant produire une structure qui les accompagne. C’est à cette seule condition que l’éclat d’un tournoi inaugural et la présence d’une U-17 sur la scène mondiale cesseront d’être des anecdotes pour devenir une filière.







